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MOUVEMENT 2 MILLIONS DE SIGNATURES - DONNER UNE CHANCE AU DIALOGUE POUR UNE SORTIE DE LA CRISE SECURITAIRE AU BURKINA FASO

Un autre regard sur la modernité occidentale-clôture

UN AUTRE REGARD SUR LA MODERNITE OCCIDENTALE (Partie XI-clôture).

Fondements et dynamique de notre propre modernité : des pistes de réflexion de notre contemporanéité active dans l’histoire mondiale.


En clôture de la thématique «Un autre regard sur la modernité occidentale» sous l’éclairage d’Emmanuel Todd, je voudrais souligner quelques enseignements en rapport avec la problématique  de la refondation du vivre-ensemble et de l’Etat au Burkina Faso.

Ce que je retiens d’Emmanuel Todd c’est qu’il semble bien que l’horizon que dessine la modernité occidentale pour l’humanité soit celui du nihilisme. Le retour au pouvoir de Donald Trump au cœur de l’Occident ne nous dit pas autre chose et le monde entier retient son souffle !

Les fondements d’une telle dynamique régressive de l'Occident sont en relation avec ses structures familiales, la sécularisation terminale de ses sociétés (la Religion Zéro d’Emmanuel Todd) et l’élitisme de son système éducatif. Ils sont porteurs de ruptures anthropologiques, sociales, écologiques, cognitives et politiques qui, assurément, menacent toute l’humanité. 

Assurément, les sociétés qui ont dû faire face à la conquête militaire coloniale et à la colonisation, sont aujourd’hui, et de ce fait, diversement engagées sur la voie de la modernité occidentale. Cependant, comme le souligne in fine Emmanuel Todd, la modernité occidentale rencontre partout dans de telles sociétés l’obstacle de leurs structures familiales spécifiques.

En Afrique subsaharienne et plus particulièrement au Sahel central - un des terrains de la rencontre avec la modernité occidentale, à l’obstacle des structures familiales, il faut ajouter les obstacles liés à la prégnance de l’Ordre du rite et à ceux d’une dysfonctionnalité structurelle de l’Etat-nation post-colonial moderniste : faillite de son modèle politique, économique, social et éducatif. Une faillite qui, in fine, se traduit par l’impossible émergence d’une classe moyenne occidentalisée substantielle qui selon l’idéologie libérale, serait à même de porter le projet de construction de la démocratie libérale; et bien plus encore, celle de l'émergence d' une classe ouvrière au nom de laquelle, l’avènement d’une dictature du prolétariat pourrait nous conduire au communisme.

L’insurrection armée djihadiste au Sahel central est une manifestation paroxystique d’un tel échecelle est, elle aussi, sans ancrage sociétale viable et aussi une forme de mimétisme islamiste porté par une élite musulmane. Elle survient après la mise en échec de la modernisation occidentale portée par les luttes pour l'indépendance, les insurrections et mouvements populaires, les coups d’Etat militaires ainsi que jusque là, les alternances politiques1. Une réflexion profonde face à cette situation, bien naturellement, doit nous amener à tourner le dos à toute approche mimétique dans la construction de notre propre modernité y compris dans l’approche de la rationalité scientifique et technique dans la quête de Vie Bonne en Afrique subsaharienne qui n’est pas le bonheur ou la richesse au sens courant comme nous le montre les formes de vie dans nos sociétés villageoises contemporaines.

Dans la vie de l’ancienne colonie de Haute-Volta et celle aujourd’hui du Burkina Faso indépendant, on doit considérer deux réponses en présence à notre rencontre avec la modernité occidentale : celle d’une part, élitiste et moderniste sur le modèle de l’Occident - portées par les élites traditionnelles et religieuses; élites politiques engagées dans la conquête et l’exercice du pouvoir d’Etatet celle d’autre part, de nos sociétés villageoises contemporaines portées par l’Ordre du rite et ses structures familiales spécifiques.

Il faut en l’état, considérer une mise relation difficile, voire impossible de ces deux pôles sociétaux structurant du vivre-ensemble et de la gouvernance des hommes.

A cet égard, toute perspective décoloniale véritable, implique qu’une masse critique de l'élite intellectuelle, culturelle, économique, traditionnelle, religieuse, puisse concevoir l'action politique autrement que par les modalités du Politique et de la politique introduites par la colonisation; et depuis, accommodées et imposées par nos élites gouvernantes à nos sociétés villageoises contemporaines ; ainsi, nos sociétés villageoises n'ont jamais eu voix au chapitre dans la construction sur le ressort de l’ensemble territorial national du Burkina, de la cohésion sociale, la sève même du vivre-ensemble, d'un pouvoir et d'une autorité apaisées. Ainsi, la vie de l’Etat et de la Nation, ses modalités opérationnelles au travers de l’Administration, des politiques publiques, de l’espace public, de la vie et de la représentation politique, sont les témoins éloquents de cette mise à l’écart et de cette mise hors-la-loi ainsi que de l’instrumentalisation et folklorisation constantes de nos sociétés villageoises contemporaines au nom de la modernité occidentale.

La quête de Vie Bonne n’est pas une synthèse entre traditions et modernité occidentale ; nos élites gouvernantes y sont à la manœuvre chaque jour; nos élites traditionnelles actuelles le sont tout autant; nos élites religieuses ont même réussi une certaine inculturation de leurs religions; on doit considérer aujourd’hui le résultat de cette tentative de syncrétisme technico-politico-culturel et économique : une société Burkinabè engagée dans un déficit profond de vivre-ensemble, de cohésion nationale et sociale sur fond d’un impossible DEVELOPPEMENT CAPITALISTE (typiquement industriel, agricole, de plein emploi salarié et consumériste) et d’une crise insurmontable d’un système éducatif en rupture avec nos traditions ancestrales et organisant la déshérence de notre jeunesse: littéralement la société Burkinabè pourrit en pied.

Nous devons tous, sans doute, réfléchir au pourquoi de tous ces vains efforts malgré la bonne volonté de  bon nombre de ces acteurs.

Pour ma part, je recherche la réponse du côté de la résistance obstinée, acharnée et atavique à la modernité occidentale de nos sociétés villageoises contemporaines car celles-ci constituent la donne immensément majoritaire de notre vie culturelle, institutionnelle, économique et sociale sans laquelle rien de robuste et viable n’est possible.

Une telle résistance est loin d’être le résultat d’un retard éducatif, culturel, scientifique et technique comme le proclament les grandes idéologies modernistes. Elle est le signe d’une approche ontologique et métaphysique spécifique de l’existence humaine, d'un attachement profond à la diversité dans la construction du vivre-ensemble, en prise avec des structures familiales et de parenté particulières à l’Ordre du rite qui en contrôle la dynamique.

En rapport avec la crise sécuritaire, comme je l’ai déjà indiqué, il nous faut alors, faire humblement et intellectuellement attention à elles dans le recherche de construction d’un Territoire-patrie comme corps de société Burkinabè pacifiée et apaisée.

Elle implique me semble-t-il une mise en relation théorique et pratique nouvelle et féconde d’une masse critique de notre élite avec l’Ordre du rite qui est cœur de la dynamique anthropologique et sociale et in fine politique de nos sociétés villageoises contemporaines. Une telle mise en relation sera le creuset pour l’émergence, la construction et  la massification d’une élite nouvelle; une élite qui fait corps avec les sociétés villageoises contemporaines, donc une élite organique qui tourne ainsi le dos à l’élitisme, aux «prêt à penser» et aux «prêt à développer» de la modernité occidentale. Une telle configuration sociale nouvelle sera à même de porter la construction de notre propre modernité qui articulera une condition technologique nouvelle; une approche technologique qui nous délie de la condition technologique portée par la modernité occidentale -  qu’elle entend globaliser et mondialiser, et qui est au cœur de la dynamique des guerres, des dérives sociétales et de l’Anthropocène. Une approche technologique nouvelle qui se nourrira de nos savoirs endogènes et des modèles alternatifs de développement scientifique, technique et technologique2.

Une telle élite pour être crédible devra bien naturellement passer l’épreuve de feu de la recherche et mise en œuvre, en relation avec les sociétés villageoises contemporaines, d’une voie pour sortir de la guerre, gagner la paix et engager la construction d’un processus politique endogène de la Refondation.

Par où peut-on commencer? 

Deux directions d’effort au moins s’offrent me semble-t-il à notre élite pour une telle rupture et action politique innovante:

1. Trouver une modalité de rassemblement et de mise en relation véritable et viable avec les sociétés villageoises contemporaines dans la recherche d’une sortie de la crise sécuritaire.

J’avais dans l’article de clôture de la thématique «Un autre regard sur nos traditions ancestrales», esquissé la perspective d’un travail théorique de première importance en relation avec l’Ordre du rite; la «Boîte noire» de la dynamique anthropologique, sociale et politique de nos sociétés villageoises contemporaines; à savoir, rechercher et identifier ce qui est théoriquement concevable comme modèle de notre propre modernité.

En Afrique subsaharienne les croyances collectives ne sont pas des professions de foi; elles sont au cœur même de l'institution imaginaire de la société (il ne s'agit donc pas de religions traditionnelles). L’Ordre du rite à travers la Souveraineté de la Terre comme nous le montre Danouta Liberski-Bagnoud, dans son ouvrage «Souveraineté de la Terre», est une élaboration métaphysique fine et complète qui structure tous les aspects de la vie dans nos sociétés villageoises contemporaines et cela depuis la nuit des temps avec une robustesse avérée et reconnue. Elle a donc la dignité d’une théorie qui accepte aussi le principe de la sous-détermination et donc l’ouverture sélective à d’autres apports jugés utiles et qui ne remettent pas en cause la Souveraineté de la Terre, le dogme métaphysique fondamental de l’Ordre du rite.

Comme on le sait, l’interdiction de la vente de la terre est une disposition fondamentale et généralisée de l’Ordre du rite; et comme nous l’a appris Danouta Liberski-Bagnoud, sa transgression, tout comme celle de sa délimitation et de sa contestation hors de l’action rituelle d’un gardien de la terre n’ont pas de réparation possible autre que d’être «avalé par la Terre». Sa traduction possible en philosophie politique pourrait être la consécration ferme et définitive du refus de la propriété privée de la terre et plus globalement des moyens de production. Comment l’organiser autrement que dans le modèle communiste de la dictature du prolétariat, ou d’un capitalisme d’Etat social-démocrate, ou de l'étatisation de la terre ou autre chose encore? Le modèle africain du commun de la terre qui permet  aux nouveaux lignages et aux migrants de «trouver une place pour s’asseoir» et  « chercher leur souffle, leur vie », nous permet d'envisager la gestion en bien commun comme le fil structurant d’une société Burkinabè délibérative, inclusive et participative dans tous les domaines y compris du pouvoir; donc, d’être au fondement d’un nouveau contrat social véritablement populaire, souverain et inédit. Les prémices ou germes féconds d’un tel contrat social sont à l’œuvre dans notre pays et dans différents domaines à commencer par le façonnage permanent de nos différents villages.

Ce travail théorique ouvre ainsi aux acteurs de nos différents domaines de la connaissance et de savoir, un champ de réflexions, de recherches et d’actions nouvelles en perspective de l’émergence, la construction et massification de l’élite organique. Ce travail n’a pas pour finalité de satisfaire à un académisme universitaire, mais de répondre avant tout aux besoins de construction d’une stratégie politique pour sortir de la guerre, gagner une paix durable et engager la refondation de l’Etat; in fine de fournir les prémices d’un enseignement supérieur non élitiste.

2. Contribuer au processus de construction d’un mouvement populaire et pacifique  pour sortir  de la guerre et gagner une paix durable; un mouvement à même d’imposer un cessez-le-feu et la mise en route d’un dialogue communautaire dans nos différents terroirs villageois avec les combattants djihadistes notamment ceux affiliés au JNIM.


A cet égard il faut rappeler les principaux enjeux en perspective d’une telle dynamique à construire :

  • Une baisse significative de la violence contre les civils.

Elle sera le résultat d’une lutte crédible et efficace contre l’impunité et la stigmatisation, le résultat de progrès importants dans la reconquête du territoire et le retour sécurisé, dans la dignité et la confiance en l’avenir d’une large majorité de PDI.

  • La mise en route et l’efficacité d’un Dialogue communautaire à la base qui nous permet de définir un profil crédible et viable de la Refondation ancrée dans la vision de nos sociétés villageoises contemporaines et d’engager ainsi, l’affaiblissement organisationnel, militaire et politique des Groupes armés djihadistes.
  • La revendication d’une approche endogène de la démocratie fondée sur le profil de la Refondation et ses principales modalités devient dominante dans l’espace public et politique.
  • Les stratégies de lutte contre les groupes armés engagent leur désorganisation, spécifiquement, la neutralisation systématique et régulière des chefs militaires et politiques djihadistes, et plus encore, une démobilisation massive des combattants non acquis au salafisme djihadiste et terroriste. 
  • Une offensive victorieuse et la reconquête complète du territoire. 

Dans cette perspective le «Mouvement deux millions de signatures en faveur du dialogue» lancé courant 2022, a, pour sa part, mis en œuvre un point de ralliement possible de notre élite avec (i) le lancement d’une Pétition d’ Appel pour deux millions signatures en faveur du dialogue disponible ICI  (ii) l’animation de ce Blog dédié aux réflexions et actions en lien  avec notre sortie de crise et la construction d’une vision de la Refondation du vivre-ensemble et de l'Etat au Burkina Faso.

Aux termes de ces 21 semaines de découvertes et de réflexions sur nos traditions ancestrales et sur la modernité occidentale, l’espoir est bien naturellement de susciter le cheminement d’un nombre significatif de personnes de notre élite vers ce point de ralliement qui ouvrira sans doute une perspective d’action politique nouvelle non partisane qui me semble essentielle et suffisante pour la construction d’un Territoire-patrie d’un corps de société Burkinabè pacifiée et apaisée3.


DIALLO mamadou.
adidiam@yahoo.fr
 74 50 18 59
_________________________

[1] L’expérience du PASTEF au Sénégal sera ainsi d’intérêt à tous égards.

[2] Cette perspectives sera introduite par la thématique « Un autre regard sur la question de la technique» que le Blog abordera prochainement avec des réflexions du chercheur Yuk HUI auteur de l’ouvrage « La question de la technique en Chine. Un essai de cosmotechnique.» 

[3] La mise en œuvre concrète d’une initiative du volet recherche-action d’une telle perspective est en cours de préparation au sein du Groupe d’initiative pour la Dialogue (GID).

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